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Mohamed Mbougar Sarr

La plus secrète mémoire des hommes

Texte choisi : " Sur l'âme humaine, il n'y a rien à savoir" extrait du livre La plus secrète mémoire des hommes de Mohamed Mbougar Sarr

I- Présentation de l'auteur : Né en 1990, Mohamed Mbougar Sarr, écrivain sénégalais, publie son premier roman Terre ceinte en 2014 aux éditions Présence africaine. Il reçut, l'année suivante, le Prix Ahmadou Kourouma et le Grand Prix du Roman Métis. Ses autres romans Silence du chœur et De purs hommes parurent respectivement en 2017 et en 2018.

En 2021, il publie La plus secrète mémoire des hommes aux éditions Philippe Rey/ Jimsaan. Le dernier livre de Mbougar est finaliste du prix Goncourt 2021.

 

II- Texte : Sur l'âme humaine, il n'y a rien à savoir.

27 août 2018

D'un écrivain et de son oeuvre, on peut au moins savoir ceci : l'un et l'autre marchent ensemble dans le même labyrinthe le plus parfait qu'on puisse imaginer, une longue route circulaire, où leur destination se confond avec leur origine : la solitude.

Je quitte Amsterdam. Malgré ce que j'y ai appris, j'ignore toujours si je connais mieux Elimane ou si son mystère s'est épaissi. Je pourrais convoquer Nicole paradoxe de toute quête de connaissance : plus on découvre un fragment du monde, mieux nous apparaît l'immensité de l'inconnu et de notre ignorance ; mais cette équation ne traduirait encore qu'incomplètement mon sentiment devant cet homme. Son cas exige une formule plus radicale, c'est-à-dire plus pessimiste quant à la possibilité même de connaitre une âme humaine. La sienne ressemble à un astre occlus; elle magnétise et engloutit tout ce qui s'en rapproche. On se penche un temps sur sa vie et, s'en relevant, grave et résigné et vieux, peut-être même désespéré, on murmure : sur l'âme humaine, on ne peut rien savoir, il n'y a rien à savoir.

Elimane s'est enfoncé dans sa Nuit. La facilité de son adieu au soleil me fascine. L'assomption de son ombre me fascine. Le mystère de sa destination m'obsède. Je ne sais pas pourquoi il s'est tu quand il avait encore tant à dire. Surtout, je souffre de ne pouvoir l'imiter. Croiser un silencieux, un vrai silencieux, interroge toujours le sens - la nécessité - de sa propre parole, dont on se demande soudain si elle n'est pas un emmerdant babil, de la boue de langage.

Je vais fermer ma gueule et te suspendre ici, Journal. Les récits de l'Araignée-mère m'ont épuisé. Amsterdam m'a vidé. La route de solitude m'attend.

      Mohamed Mbougar Sarr, La plus secrète mémoire des hommes, Philippe Rey/ Jimsaan, 2021.

 

III - Quelques axes de lecture

- Réflexion sur la littérature. La place de la solitude dans la production littéraire

- Une réflexion métaphysique : connaître Elimane

- Les valeurs des temps et modes verbaux

- Repérage et interprétation de figures de style : comparaison, polysyndéte, parallélisme, ellipse, etc.

IV- Insistons sur :

1- La comparaison est un rapprochement de deux termes qui ont un élément commun. Ce rapprochement s'effectue à l'aide d'un outil comparant.

Exemple " La sienne ressemble à un astre occlus "

2- La polysyndéte, contrairement à l'asyndète, est une figure de style consistant à multiplier délibérément les mots de liaison : conjonctions ou adverbes, sans tenir compte des exigences de la grammaire.

Exemple : " On se penche un temps sur sa vie et, s'en relevant, grave et résigné et vieux, peut-être même désespéré "

3- Le parallélisme aligne deux énoncés qui présentent la même syntaxe, la même construction.

Exemple : " L'assomption de son ombre me fascine. Le mystère de sa destination m'obsède."

4- L'épiphore consiste en la répétition, à la fin de deux ou de plusieurs groupes de phrases ou de vers qui se succèdent, d'un même mot ou d'un même groupe de mots.

Exemple : "La facilité de son adieu au soleil me fascine. L'assomption de son ombre me fascine."

5- Les registres de langue

Il en existe 3 qui sont employés en fonction des situations :

a- Le registre courant : On l’utilise dans une situation ordinaire pour transmettre un message de la vie courante.

On emploie des mots courants : ni familiers, ni recherchés. La construction de la phrase est correcte, sans recherche d’effet de style.

b- Le registre familier : On l’utilise dans une relation de familiarité sans faire d’effort pour s’exprimer correctement. Le registre familier n’est pas un registre vulgaire même s’il peut le devenir.

Exemple : " Croiser un silencieux, un vrai silencieux, interroge toujours le sens - la nécessité - de sa propre parole, dont on se demande soudain si elle n'est pas un emmerdant babil, de la boue de langage.

Je vais fermer ma gueule et te suspendre ici, Journal. Les récits de l'Araignée-mère m'ont épuisé. Amsterdam m'a vidé. La route de solitude m'attend. "

c- Le registre soutenu : On l’utilise chaque fois qu’on veut marquer un écart avec une langue courante, soit parce que les circonstances l’imposent (discours officiel), soit parce que l’on veut se distinguer.

31/10/2021

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Sources

Sarr Mohamed Mbougar, La plus secrète mémoire des hommes, Philippe Rey/Jimsaan, 2021.

Français, Livre unique 2nde, Nouveau programme, Bordas,

[1] S Leroy, G Baille, L Rabier, Grammaire et Expression, 4e/3e Technologiques, NATHAN, France, 1993.

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